Petite histoire d'une panique sans peur

J'ai vécu quelques minutes inédites dans ma vie ordinaire aujourd'hui.
J'ai vécu la panique sans ressentir la peur. C'est une expérience tout à fait étrange, intéressante, terriblement inconfortable, hors du temps et de l'espace.

J'étais dans mon magasin bio préféré et habituel, ils me connaissent, je les connais, je connais les lieux par coeur. Je ressens ce lieu comme un périmètre ultra sécurisé puisque super maitrisé, du moins en ai-je la croyance.

J'ai commencé à ressentir une espèce de forte impatience au rayon boulangerie, en effet, nous étions 3 clients à attendre, un peu, un tout petit peu, rien de grave.

Je mets mon pain dans mon panier, j'avais terminé mes courses, je me dirige vers la caisse.
La panique est arrivée très vite et très intensément. Je commençais à poser mes affaires sur le tapis roulant, mes bras s'actionnaient à reculons. Soudainement, il fallait que je parte, que je laisse mon panier, tant pis, je reviendrai plus tard. Il fallait que je trouve une explication pour la caissière. "J'ai besoin d'aller chercher quelque chose c'est urgent, je vous laisse tout là et je reviens", je dois partir, je ne peux pas supporter de passer à la caisse. Alors que j'envisageais ce scénario, je commençais à remettre mes affaires dans mon panier. Et puis je me mis à trouver cette situation absurde. Et puis, aussi automatiquement que j'avais commencé à remettre mes affaires dans le panier, me voilà en train de les ressortir sur le tapis. Ce n'est pas possible, je ne vais pas partir alors que je m'apprête à passer en caisse. J'avais atteint le paroxysme de la courtesse de mon souffle, de la vitesse des battements de mon coeur, de mes tremblements. Je n'étais plus moi, ma tête avait quitté mon corps, j'agissais sans réfléchir, j'étais sous l'emprise de la panique.
J'ai repris le contrôle lorsque je me suis mise à observer ma respiration, cela a été le déclic, le passage du "bon côté de la force" : je suis passée de "il faut que je parte" à une observation de ma respiration. A partir de là j'ai fait de longues expirations, le rythme cardiaque a ralenti, les tremblements ont disparu, je suis passée à la caisse et je suis partie, sereine, soulagée.
2ème étape : une fois la crise passée, mon corps s'est détendu, j'ai pris peu après conscience de ce qui s'était passé, j'ai tenté une recherche d'explication à cette plongée dans les tènèbres de quelques secondes. J'en ai trouvé une. Mais l'important n'est pas là, pas tout de suite. Et puis je me suis mise à pleurer comme si une grande tension physique avait besoin de s'extérioriser de mon corps. J'ai pleuré, aussi, a postériori, de cette grande fragilité qui m'a submergée cette fois ci et de nombreuses fois aupraravant dans ma vie.

Toutefois, je n'ai pas eu peur. Je suis revenue à mon corps par la respiration, suffisamment tôt pour ne pas avoir peur. Mon corps a exprimé la peur de mourir mais pas moi.

La panique me fait fuir à grands enjambées, la panique prend le contrôle de mon être pour quelques secondes, quelques minutes, je ne réflechis plus comme à l'habitude, je suis en mode "sauve qui peut" sans l'avoir décidé. Je ressens un grand désarroi, car c'est inexplicable, totalement inexplicable. Je me sens désarmée.

Mais la panique sans la peur, aujourd'hui, me permet de mesurer le chemin que j'ai fait avec mon corps, le chemin que j'ai fait dans une forme de distance que je mets jour après jour entre moi et ce que je ressens, m'a permis de ne pas la laisser m'emporter totalement (avant, j'aurais posé mon panier et serais partie), me permet de constater combien accepter la situation telle que l'on est en train de la vivre est salvateur et rend vivant (ce que je vis là, maintenant, c'est de la panique et je ne suis pas panique, je vis un instant de panique).

Alors merci à ce micro événement de me permettre de faire l'expérience de "s'accepter soi", soi tel que l'on est, dans un moment de fragilité apparente, en priorisant, au moment, le corps plutôt que la tête. Comprendre les mécanismes en jeu dans de tels moments viendra plus tard.

S'accepter, vivre l'expérience,franchir des caps, des petits caps qui permettent les grands caps.

Gribouille

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